Dans ma jeunesse, on m’a appris qu’en associant de la peinture rouge avec du blanc, on obtenait du rose. C’est également ce que pense la Commission Européenne qui souhaite autoriser le rosé issu du mélange de vin blanc et de vin rouge. Le rosé tel qu’on le produit actuellement aurait alors la mention “vin traditionnel”.
Or, le vin ne se résume pas à jouer au petit chimiste. Nous avons la chance d’avoir en France une véritable culture du rosé car nous savons le faire ; point d’arrogance, mais certains de nos concurrents du Nouveau Monde appellent rosé des mélanges de rouge et de blanc qui sont très loin d’avoir la même qualité.
Le rosé traditionnel est obtenu à partir de raisins rouges dont la pulpe et la peau sont macérés pendant une courte durée, de six heures à une journée. Il donne alors un vin subtil avec beaucoup d’arômes, comme en témoigne ce Bandol du Domaine de l’Olivette.
Tous nos voisins européens ont voté pour l’adoption de cette mesure alors que la France s’y oppose. Avons-nous raison ou est-ce une de nos rigidités corporatistes ?
Selon le quotidien Les Echos de la semaine dernière, la véritable raison serait d’ouvrir de nouveaux marchés comme la Chine et de pouvoir rivaliser avec des pays comme l’Afrique du Sud et l’Australie, qui utilisent déjà le mélange. Si l’on peut saluer l’initiative de trouver des débouchés aux viticulteurs, il semble que l’on soit également dans une logique d’uniformisation du goût. En effet, la Commission Européenne balaie malheureusement la notion de terroir qui donne à chaque vin ses caractéristiques et toute sa noblesse.
Le rosé est un vin à part entière qu’il s’agit de défendre. Surtout que le Comité Interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP) précise qu’il est passé de 8 à 22% de la consommation totale des vins en France, sur les quinze dernières années. Au nom de la défense du goût, des viticulteurs et des consommateurs, espérons que les membres de la Commission Européenne mettront de l’eau dans leur vin…
